Personne n’y échappe. La République en Marche, le Rassemblement national, Les Républicains, La France insoumise, ou encore Europe Ecologie-Les Verts, tous ont utilisé une même estimation pour commenter le revenu des agriculteurs. « 350 euros » est devenu la référence sur les réseaux sociaux. Or, si ce montant s’appuie sur des données existantes, sa réalité est trompeuse.

« L’agriculture est un secteur à part. »

À l’origine de cette information, un communiqué de la Mutualité sociale agricole, le régime de protection sociale des agriculteurs. Lors de sa conférence de presse de rentrée en octobre 2017, la MSA indique « qu’un tiers des agriculteurs aurait un revenu inférieur à 350 euros par mois ». Un chiffre certes fondé mais qui vaut pour les années 2015 et 2016. Et qui ne prend pas en compte les revenus annexes, tels que des prestations sociales, une éventuelle activité salariée parallèle, ou un salaire du conjoint. Affirmer que le revenu mensuel moyen est de 350 euros pour un agriculteur sur trois est donc « complètement absurde », explique Maurice Desriers, ancien secrétaire de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation. Selon lui, « toute moyenne recouvre une part importante de disparités », définir « un revenu d’agriculteur n’a pas de sens sans comparaison ». Or, « l’agriculture est un secteur à part […] qui est très fluctuant », précise-t-il encore à DecodAgri. À ce titre, la comparaison même avec la notion de salaire ne saurait exister, le « revenu agricole » ne pouvant être assimilé à la seule rétribution salariale.

À chacun son revenu agricole

Établir la moyenne du « revenu agricole » est un exercice complexe. Et la MSA n’est pas la seule à s’y essayer. Début de novembre 2019, l’Insee publie ses chiffres sur le sujet : le revenu d’activité moyen parmi les plus bas est de 620 euros par mois en 2017, dans la production d’ovins, de caprins, d’équidés et autres animaux. Mais là encore, à l’instar de la MSA, le calcul de l’institut exclut les revenus annexes. Interrogé par DecodAgri, l’Insee explique que « seules les rémunérations issues des activités non salariées sont prises en compte ». Et d’ajouter que ce montant est calculé « sur le revenu professionnel imposable ».

Au ministère de l’Agriculture, c’est le service de la statistique et de la prospective (SSP) qui est chargé, entre autres, du calcul. Il travaille essentiellement à partir des chiffres du Rica, le réseau d’information comptable agricole. Cet indicateur, différent de celui de la MSA ou de l’Insee, exclut notamment les petites entreprises. Enfin, « il y a la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation dont les chiffres font référence », affirme Maurice Desriers. Cette commission transversale, qui regroupe des membres du ministère de l’Agriculture, des Finances, des experts et des membres des organisations professionnelles agricoles, propose des rapports sur le « revenu agricole », mais ne rend pas publics ses résultats.

La MSA « prépare des communications »

Le calcul du revenu moyen d’un agriculteur est au total difficile à établir avec certitude et laisse place aux confusions. La multiplicité des indicateurs s’ajoute au contexte instable auquel fait face le secteur. En ce sens, la MSA, contactée par DecodAgri, avoue être « en cours de refondation de la manière de publier ces chiffres pour donner une information la plus complète possible », et « prépare des communications sur ce sujet ». Quant à la Commission des comptes, elle s’est réunie à la mi-décembre pour « examiner des chiffres concrets de 2019 », conclut Maurice Desriers. Pour l’heure, aucune statistique ne peut prétendre définir le bon montant.