« Les vaches mangent des pneus. » Voilà une affirmation qui circule dans le débat depuis des mois et qui crée l’émulation autour du danger des pneumatiques usagés utilisés sur les tas d’ensilage. Si cette forme de recyclage est mauvaise pour l’environnement, elle ne peut pas être seule mise en cause pour parler des dangers sur la santé des vaches. D’autant que cette pratique tend à disparaître.

Non, les vaches ne mangent pas de pneus

Il s’agit là d’un raccourci effectué à la suite d’un article du journal Le Parisien : « Désormais les vaches ne mangeront plus de pneus » . Article qui a créé l’indignation d’un grand nombre de consommateurs et d’éleveurs. Le quotidien s’est en fait appuyé sur une publication intitulée « Les vaches poubelles » de l’association Robin des bois, militante en faveur de l’environnement.

Les membres de l’association dénoncent d’abord les déchets métalliques et plastiques en général qui végètent dans l’environnement et qui peuvent être ingérés par les animaux en mangeant de l’herbe, du foin ou encore du maïs ensilage. On peut lire dans l’article : « La majorité des déchets ingérés seraient des canettes de boisson entières jetées dans les prairies par des usagers de la route ou des promeneurs puis écrasées par le piétinement du bétail ou broyées par les engins agricoles. »

Ils pointent également du doigt ces pneus hors d’usage, utilisés pour lester les bâches d’ensilage : « Ces pneus exposent les animaux, et pas seulement les bovins, à l’ingestion accidentelle de 120 000 t de fils d’acier qui se délitent au fil du temps et sortent de la gomme cuite par l’usure, les pluies et le soleil. » De là à affirmer que les vaches mangent des pneus sans autre explication, c’est exagéré.

Les pneus ne sont pas en contact direct avec l’alimentation

L’ensilage est une méthode de conservation des fourrages (de l’herbe ou du maïs). Comme la boite de conserve de légumes pour nous, ce type de stockage permet aux éleveurs d’alimenter leurs troupeaux avec les aliments produits sur l’exploitation tout au long de l’année, notamment l’hiver lorsque les vaches ne peuvent pas brouter l’herbe dans les prairies.

Le fourrage ensilé doit fermenter pour se conserver. Les agriculteurs placent donc des bâches par-dessus pour ne pas laisser passer l’oxygène. En pratique, les pneumatiques sont posés au-dessus des bâches pour faire du poids et leur permettre de bien rester en contact avec l’aliment. Néanmoins, les pneus ne sont jamais en contact direct avec le fourrage.

Cette pratique était auparavant considérée comme une action de recyclage. Les agriculteurs collectaient alors des pneus hors d’usage, leur offrant ainsi une seconde vie.

L’ensilage est une méthode de conservation des fourrages (de l’herbe ou du maïs). ©Watier Visuel

Les risques avec les pneus concernent leur dégradation. Exposés aux intempéries, ils s’usent lentement. Ainsi, les fils d’acier peuvent sortir de la gomme et se retrouver dans l’environnement, voire parfois dans le fourrage s’ils percent la bâche d’ensilage. En revanche, beaucoup d’éleveurs équipent leur matériel de distribution de l’alimentation d’aimants pour retenir les déchets métalliques, ce qui limite les risques à l’auge. Le danger peut donc être présent si les pneus inutilisés et abîmés sont entreposés dans une prairie, là où on ne peut contrôler l’alimentation des vaches qui pâturent l’herbe.

C’est davantage pour l’environnement que les pneus posent le plus de problèmes. L’eau qui stagne à l’intérieur les transforme en véritables nids à moustiques et notamment le moustique tigre, responsable de maladies comme le virus Zika ou encore le chikungunya.

Déchets jetés dans l’environnement : le vrai problème ?

Les choses bougent et beaucoup d’éleveurs se tournent vers d’autres alternatives pour couvrir leurs silos. Des collectes de recyclage de pneus s’organisent aussi via l’opération Ensivalor pour permettre aux éleveurs de se débarrasser de leurs stocks. Les tas d’ensilage couverts de pneus deviendront prochainement une espèce en voie d’extinction…

« France Recyclage Pneumatiques : Collecte et valorisation des pneumatiques usagés. »

Reste à attendre des citoyens qu’ils ne jettent plus leurs déchets dans les champs et au bord des routes, pour éviter de les retrouver dans la panse des vaches.

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Publiée par Léandre Huart sur Mardi 7 août 2018