Le glyphosate est très souvent présenté comme cancérigène. Est-ce vraiment le cas ? « Probablement », selon le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Mais cette affirmation est réductrice car treize autres agences ne sont pas de cet avis.

« Le glyphosate est cancérigène » est un raccourci généralement utilisé en référence à une étude du Circ publiée le 20 mars 2015, rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette agence réunit des groupes d’experts pour évaluer la cancérogénicité d’expositions particulières, qu’elle classe en cinq catégories. Elle conclut que l’herbicide controversé fait partie de la deuxième classe, celle des produits « probablement cancérigènes ».

Pour bien comprendre la portée de ces résultats, il est important de noter que cette agence a classé les boissons chaudes de plus de 65°C et la viande rouge dans la même catégorie que celle du glyphosate. La poussière de cuir et de bois, la viande transformée, les boissons alcoolisées, la pilule contraceptive et la pollution de l’air se voient attribuer le qualificatif de « cancérigène pour l’homme » (classe 1). Selon le Circ, le glyphosate est donc moins cancérigène que ces produits. Par ailleurs, l’étude conclut que les peintres, les fumeurs passifs et les soudeurs risquent davantage d’avoir un cancer que les personnes exposées au glyphosate.

Une agence contre treize

Le Circ est la seule agence, à ce jour, à avoir classé ainsi le glyphosate. Toutes les autres agences qui se sont prononcées sur le sujet l’ont classé comme non cancérigène : l’Anses, la FAO et l’OMS, l’Efsa, l’Echa, l’EPA, l’Osav, l’Arla, la PMRA, la RDA, l’APVMA, la FSC, la NZ EPA et la BFR.

Des études contestées

Une enquête de l’agence de presse Reuters publiée le 19 octobre accuse le Circ d’avoir modifié le rapport d’évaluation du glyphosate afin de classer celui-ci comme « probablement cancérigène », alors que plusieurs résultats scientifiques concluaient l’inverse.

À l’inverse, parmi les rapports qui concluent que le glyphosate n’est pas cancérigène, celui de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) est contesté par l’émission télévisée française Envoyé Spécial du 17 janvier 2019. Selon les journalistes, Monsanto aurait influencé directement l’EPA.

Des divergences existent aussi au sein de l’Organisation mondiale de la santé. L’étude conjointe de l’OMS et de la FAOOrganisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – arrive à des résultats différents de ceux du Circ, agence pourtant affiliée à l’OMS. Cette dernière explique la contradiction apparente par une différence de méthodologie.

Quelles que soient ces différentes oppositions, affirmer que le glyphosate est cancérigène probable pour l’homme, quand une agence tient cette position contre treize autres, pourrait s’apparenter à un raccourci trompeur.

À noter que « non cancérigène » ne signifie pas sans danger pour l’homme. Selon l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), le glyphosate n’est pas cancérigène mais peut provoquer des problèmes de santé.

Et les autres pesticides ?

Une question reste en suspens : pourquoi les agences s’intéressent-elles uniquement à la dangerosité du glyphosate et pas à celle des autres herbicides, fongicides et insecticides ?


À savoir : Monsanto, un des fabricants du glyphosate, a été mis en cause dans plusieurs milliers de procédures. Le géant américain de l’agrochimie a notamment été condamné en août 2018 à verser 289 millions de dollars, ramenés par la suite à 78,5 millions, à Dewayne Johnson, un jardinier américain atteint d’un cancer incurable imputé à l’utilisation de l’herbicide. Comme l’expliquait cet homme devant un tribunal américain, il était chargé d’épandre de grandes quantités de Ranger Pro.
Plus d’un an après, Timothy Litzenburg, l’avocat de la victime, a été arrêté à la mi-décembre 2019 en Virginie (États-Unis) pour chantage et tentative d’extorsion de fonds. Il est accusé d’avoir tenté d’extorquer 200 millions de dollars à un fabricant néerlandais de pesticides, rapporte le Wall Street Journal. L’affaire est toujours en cours, Timothy Litzenburg a été entendu le 6 janvier dernier.

Rappelons par ailleurs que la formulation du glyphosate est tombée dans le domaine public en 2000. Il est donc aujourd’hui produit par de nombreuses firmes autres que l’américaine Monsanto, avec une production mondiale dominée par la Chine.