Écologie ou made in France ? Trouver des tomates biologiques sur les étals des supermarchés en plein hiver n’a rien d’étonnant. En témoignent les nombreuses photos prises par des consommateurs. En revanche, trouver des tomates bio cultivées en France n’est désormais plus possible. Du moins, entre le 21 décembre et le 30 avril.

Serres biologiques chauffées : le compromis

Depuis le 11 juillet 2019, le recours au chauffage pour les serres biologiques est restreint – une installation qui permet aux agriculteurs de cultiver des produits d’été tout au long de l’année. Autrement dit, les producteurs français n’ont désormais pas le droit de commercialiser leurs fruits et légumes biologiques cultivés sous des serres chauffées entre le 21 décembre et le 30 avril.

Cet encadrement, soutenu par le ministère de l’agriculture, émane du Comité national d’agriculture Biologique (Cnab) qui a fini par trancher entre deux courants opposés. Quand la Fnab – Fédération nationale d’agriculture biologique – réclame une interdiction totale du chauffage dans les serres biologiques pour une cohérence écologique, la FNSEA – Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles – préfère davantage cultiver français toute l’année pour répondre aux envies des consommateurs.

Contacté par DecodAgri, Jean-Paul Gabillard, secrétaire national légumes à la Fnab, est mitigé. « On n’est pas complètement satisfait parce qu’on n’est pas allé jusqu’au bout de la démarche », déplore-t-il, mais « c’est une belle avancée sur l’utilisation des énergies renouvelables ». Le compromis impose en effet aux nouveaux projets de serres chauffées bio d’avoir recours à 100% d’énergies renouvelables depuis le 1er janvier 2020 et à celles qui chauffent déjà d’y passer d’ici à 2025.

Etienne Gangneron, vice-président de la FNSEA également contacté par DecodAgri, confirme ne pas être « du tout en phase avec la Fnab », mais explique ne pas être entièrement satisfait pour autant. Il fustige « un compromis totalement fou » concernant la période de commercialisation imposée, « une date butoir trop longue et donc inopérante pour les agriculteurs ». Selon lui, « la démarche de la Fnab a pour seul objectif de développer les importations ».

 « On oblige les consommateurs à acheter des produits importés »

En introduction de son communiqué de presse à la suite du compromis voté, la Fnab écrit « Pas de tomates bio avant le muguet ! ». « Pas de tomates bio » oui, mais uniquement d’origine française. Car si les consommateurs ne peuvent plus acheter de fruits et légumes biologiques d’été cultivés en France l’hiver, ils peuvent se fournir en produits bio importés, dont certains peuvent être issus de serres chauffées du pays d’origine. La restriction de l’utilisation du chauffage votée par le Cnab à la mi-juillet ne concerne pas les pays étrangers.

« Là aussi, il va falloir qu’on puisse travailler avec les commerçants […] pour les inciter à ne pas importer de tomates hors saison, c’est un travail de fond », affirme Jean-Paul Gabillard de la Fnab, qui se félicite d’avoir déjà obtenu « des engagements de magasins spécialisés mais aussi de Carrefour. »

Mais, déplore Etienne Gangneron, « quelle que soit la réglementation qu’on applique, les consommateurs continueront de manger les mêmes produits, donc là, on les oblige à consommer des produits importés ».

Un appel à la saisonnalité

Pour pallier l’inévitable omniprésence de produits d’été étrangers sur les étals du 21 décembre au 30 avril, la Fnab et la FNSEA se rejoignent sur un point en appelant les consommateurs à privilégier la saisonnalité et la production locale. Et Etienne Gangneron de conclure qu’il s’agit avant tout « d’un problème d’application [à l’échelle européenne] et d’harmonisation des marchés. » En ce sens, la Fnab affirme de son côté qu’elle va « relancer le ministère de façon à ce qu’au niveau européen ça puisse bouger. »