C’est un chiffre qui circule dans les débats et sur les plateaux télévisés. Nombreux sont également les tweets qui relaient cette affirmation pourtant biaisée. Car ce total mal interprété ne mesure pas la consommation réelle d’eau par les animaux, mais leur « empreinte eau ». Une notion issue d’une méthode de calcul théorique appelée « Water Footprint Network » qui cumule trois types d’eaux.

La méthode « Water Footprint Network » (WFN), mise au point dès 2002, a été affinée à partir de 2011 pour calculer la teneur en eau virtuelle des produits industriels et agricoles aux différents stades de leur production. Le résultat donne leur « empreinte eau ». Mais cette méthode WFN fait l’objet de débats car, dans son calcul, trois types d’eaux sont pris en compte. Or, si l’on s’en tient à la seule fraction eau bleue et eau grise, selon les chercheurs de l’Inra, il faudrait entre 550 à 700 litres d’eau suivant les modes d’élevage.

Un chiffre, trois eaux

L’eau bleue, qui est réellement consommée par les animaux et utilisée pour l’irrigation des cultures. Elle représente 3 à 4 % des 15 000 litres. Pour la filière bovine, cela correspond notamment à l’eau d’abreuvement ou d’irrigation des cultures fourragères qui nourrissent les animaux et à celle utilisée par la filière d’abattage.

L’eau grise, qui représente 1% du total et qui est une estimation de l’eau qu’il faudrait ajouter à celle issue de l’élevage pour la dépolluer.

95% non consommée

Enfin l’eau verte, qui est l’eau de pluie captée par les sols et évapotranspirée par les plantes. Elle est d’autant plus importante que la pluviométrie est élevée. Cette eau verte volumineuse représente 95% des 15 000 litres et retourne au cycle de l’eau qu’il y ait ou non des animaux. Elle n’est pas consommée directement pas les animaux.

©Académie d’agriculture du 27 mars 2019 – Travaux de Mekonnen et al. 2012

Une préoccupation réelle

Le souci réel d’économiser l’eau dans les différents systèmes d’élevage a amené les chercheurs à des évaluations plus précises. Un autre calcul que celui du WFN a été élaboré pour déterminer cette fois-ci « l’empreinte de l’eau consommative ». Celui-ci s’appuie sur l’impact réel sur l’environnement et résulte de l’évaluation de l’eau consommée, pondérée par un facteur de stress hydrique régionalisé appelé « Water Stress Index ». Ce WSI est défini par zone à travers le monde selon le contexte géographique de sol et de climat. La perte d’un litre d’eau n’a pas, par exemple, le même impact dans le désert qu’en montagne.

En ce sens, l’Idele (institut de l’élevage) a mené une étude sur six systèmes de production de viande : deux systèmes « jeunes bovins », deux systèmes « ovins », un système « bœuf » et un « veau sous la mère ». Les calculs de ces ingénieurs s’appuient sur la méthode dite « Pfister ». Ils ont évalué l’eau prélevée directement (abreuvement, nettoyage, irrigation des cultures si nécessaire) et l’eau prélevée indirectement (aliments, fertilisant, énergie). Puis ils ont calculé l’eau retournée au milieu (ruissellement, infiltration). La différence donne l’eau consommée. Ce chiffre est ensuite pondéré par le facteur de stress hydrique régionalisé, qui varie de 0,073% à 0,32% en France. Le résultat donne « l’empreinte de l’eau consommative ».

Pour l’exemple « bœuf », l’eau prélevée atteint 335 litres, l’eau consommée 230 litres et l’empreinte eau consommative 35 litres. Mais les auteurs précisent que les résultats sont fortement dépendants de la localisation des systèmes d’élevage et que des travaux internationaux sont en cours pour stabiliser les méthodes de calcul. Quoi qu’il en soit, toujours selon le calcul « Pfister », la production d’un kilo de viande bovine en France nécessiterait autour de 50 à 70 litres d’eau par kilo de viande vive, et uniquement pour l’étape de l’élevage. Soit l’équivalent d’une douche !